Témoignage / Marche pour le climat (08/12/18)

Il a été question de monnaie locale complémentaire et citoyenne lors de la marche pour le climat. Après l’intervention d’Attac dénonçant le financement des énergies fossiles par les banques françaises (BNP Parisbas, Société Générale, Crédit Agricole dans le trio de tête des banques climaticides – cf. le rapport Oxfam de nov. 2018) ce fut au tour de Monnaie d’A. d’expliquer en quoi payer en Roues pouvait changer notre rapport à l’argent et … le monde.

Comme tout le monde, je n’ai jamais compris à quoi servait et comment se déplaçait l’argent. Petite, dès que je voulais quelque chose d’un peu cher je demandais à mes parents de faire un chèque, persuadée qu’il ne s’agissait que d’un bout de papier.

Si le mécanisme de l’économie nous échappe à tous, c’est parce que la plupart du temps nous ne voyons pas comment il fonctionne.

Alors le jour où je me suis aperçue que je n’avais aucune idée d’où venait mon argent et de ce qu’il devenait, j’ai voulu comprendre.

L’une des premières choses que j’ai apprise c’est que la monnaie que l’on a tous dans nos portefeuille n’est qu’ une infime partie de l’argent qui circule (moins de 10% de la masse monétaire) et qu’il était impossible de contrôler où il pouvait aller une fois que je l’avais utilisé, même chez le petit producteur du coin.

En fait, quoi que l’on fasse, qu’on soit un parfait consomm’acteur ou qu’on s’en fiche complètement l’argent a une fâcheuse tendance à s’échapper du territoire. Un des seuls moyens de contrôler où il va, c’est de l’empêcher de s’enfuir. Et c’est ce que font les monnaies locales complémentaires.

Qu’est ce que c’est ?

C’est une monnaie qui peut être utilisée uniquement sur un territoire donné, ici il s’agit de la Roue arlésienne qui a démarré il-y-a tout pile un an. Bien qu’elle soit pour le moment surtout présente sur Arles et Saint-Martin-de-Crau, elle pourrait en théorie circuler sur l’ensemble du pays d’Arles, de Fourques à Saint-Martin ou de Tarascon à Port Saint Louis du Rhône.

Quand on change les euros en monnaie locale, les euros vont sur un fonds de garantie placé à la Nef, organisme financier éthique. La Nef, en retour, finance des projets de transition écologique locaux . Ce qui me permet en utilisant la Roue de favoriser à la fois les producteurs, artisans et commerçants locaux déjà en place mais aussi le développement d’autres initiatives locales et respectueuses de l’environnement. Les monnaies locales complémentaires et donc la Roue, c’est le moyen que j’ai trouvé pour créer de la richesse près de chez moi. Richesse à la fois économique mais aussi en accord avec mes valeurs humanistes, éthiques et écologiques.

En fait comment ça marche ?

Une Roue correspond à un Euro. Une fois que j’ai adhéré à l’association Monnaie d’A. qui gère la Roue arlésienne, je peux aller dans un des 6 bureaux de change existants pour échanger mes euros en Roues.

Je dépense mes Roues chez un professionnel qui fait partie du réseau. Il y en a dans de nombreux domaines : Alimentation, Art/artisanat, Loisirs/culture, Restauration, Santé/bien-être, Services, Déplacements et sport.

Par exemple, un samedi comme celui-ci, je pourrais le matin, acheter sur le marché mon pain et mes légumes, puis boire un café ou un jus en ville avant d’aller me restaurer chez un prestataire qui accepte les roues. L’après-midi, je pourrais aussi aller chez le coiffeur, le dentiste, le fleuriste ou le thérapeute et toujours payer en Roues. L’offre est large et pas définitive : vous ne voulez pas faire d’infidélité à votre commerçant habituel avec qui vous aimez discuter ? Parlez-lui de la Roue, des bénéfices que cela pourrait vous apporter à tous les deux et plus largement à nous tous !

Les professionnels continuent à faire circuler les Roues en les dépensant chez leurs fournisseurs ou comme moi en achetant pour lui des biens et des services.

Comment j’ai un impact ?

Mon argent devient utile localement et circule beaucoup plus vite que les euros car je n’ai pas d’intérêt à les garder à la banque. En les faisant circuler rapidement, là encore on créé plus de richesse qu’avec les euros.

Je participe à une économie réelle hors de toute spéculation.

Je favorise une transition économique sur le territoire et renforce les circuits courts et donc lutte à ma manière contre le changement climatique.

Je retisse du lien social avec les membres du réseau que je côtoie.

Pour changer 

Alors c’est sûr, il ne sera pas possible de changer tout ça du jour au lendemain. Ce qu’il faut juste se dire, c’est qu’il faut apprendre à changer nos habitudes. Ça ne sera pas immédiat. Il m’arrive encore parfois de ne plus avoir de Roues dans mon porte-monnaie pendant quelques semaines mais le plus important c’est de tenter l’expérience et de pouvoir se dire, qu’avec notre argent aussi, nous militons pour un monde plus équitable, plus humain et plus green !

Laura, Marche pour le Climat 08/12/18

Vidéo réalisée par Pays d’Arles en Transition – TéléPAT